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INTERVENTION DE L’AMBASSADEUR ALBERT SHINGIRO, REPRESENTANT PERMANENT DE LA REPUBLIQUE DU BURUNDI AUPRES DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES LORS DE LA REUNION DE LA CONFIGURATION-BURUNDI DE LA COMMISSION DE CONSOLIDATION DE LA PAIX DES NATIONS UNIES SUR LA SITUATION AU BURUNDI New York, le 14décembre 2014

1. Monsieur le Président et cher collègue, permettez-moi tout d’abord de vous remercier pour avoir organisé cette importante réunion sur la situation au Burundi. Merci aussi pour votre mot liminaire très édifiantsur votre plaidoyer en faveur du Burundi auprès de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International. Je me réjouis également de votre franche et sincère coopération avec la délégation du Burundi ici à New York sur des questions d’intérêt commun.

2. Qu’il me soit aussi permis de remercier tous les pays membres de la configuration-Burundi ici présents pour leurs contributions constructives au coursdes différents débats sur le Burundi organisés ici au siège ou ailleurs dans d’autres fora.

3. Permettez-moi également de saluer la présence de M. Jamal Benomar parmi nous pour la première fois en sa qualité de conseillerspécial du Secrétairegénéralde l’ONU sur la résolution des conflits. Je saisis cette bonne occasion pour le féliciter pour la confiance renouveléeen lui et lui souhaiter en même temps pleins succès dans l’accomplissement de sa noble mission. En tout cas, il peut toujours compter sur l’entièrecoopération du Gouvernement du Burundi en tout moment et en tout lieu. Une coopération qui s’est d’ailleurs déjà traduite par l’accueil chaleureux que lui ont réservé les plus hautes autorités du pays lors de son séjour à Bujumbura du 23 au 27 novembre 2015. Nous comptons tout naturellement sur son expertise en matière de résolutionpacifique des conflits dont le Burundi atant besoin en ce moment précis.

4. Monsieur le Président, mon intervention sera centrée sur 4 axes de communication. Premièrement, je vais parler des derniers développements survenus dans le domaine de la sécurité au Burundi. Ensuite, je vais passer à la situation politique en insistant sur le dialogue inter burundais avant de dire un mot sur le dialogue entre le Burundi et ses partenaires de l’Union Européenne. En dernier lieu, je vous faire une observation générale par rapport auxméthodes de sanction comme de moyen de résoudre les conflits. Mais avant tout cela, je commencerai par vous faire un court décryptage de l’opposition radicale aujourd’hui à la base de l’insécurité dans certains points de la capitale Bujumbura.

VISAGE DE L’OPPOSITION RADICALE A LA BASE DE L’INSECURITE EN COURS A BUJUMBURA

Monsieur le Président, au Burundi, nous pouvons dire que nous avons deux types d’opposition. Nous avons l’opposition participative qui malgré la défaite aux élections de 2015 a accepté pour le respect des électeurs de rejoindre les institutions démocratiquement élues de 2015. Cette opposition est dirigée par l’Honorable AgathonRwasa, actuellement premier vice-président de l’Assemblée nationale qui dispose aussi de 5 ministères au sein de l’actuel Gouvernement d’Unité Nationale. Pour ceux qui ne le savent pas encore,AgathonRwasa occupe plus de 90% de l’espace politique de l’opposition au Burundi. Les 10% restant sont partagés entre les partis de l’opposition qui ont décidé d’accompagner le processus électoral en participant aux élections de 2015 et l’opposition radicale qui téléguide les attaques violentes contre les institutions et les citoyens paisibles àpartir de leurs pays d’accueil à l’étranger. Cette petite portion de l’opposition radicale cherche à avoir des gains politiques qu’elle n’a pas pu enregistrer lors des élections en passant par l’usage de l’extrême violence.

Depuis la période préélectorale, l’opposition radicale avait un seul but. Changer le régime par des moyens non constitutionnels pour instaurer des régimes de transitions non basées sur les principes démocratiques en se cachant derrière ce qu’elle a appelé violation de l’accord d’Arusha et de la Constitution. Pour atteindre son but, cette opposition sans base électorale au Burundi, a adoptée une série de tactiques politiques qui sont réajustées au fur en mesure de l’évolution de la trajectoire vers le changement de régime projeté.

La première phase de ce projet de changement de régime a commencé par l’entretien de la confusion constitutionnelle et l’intensification de la campagne de médisance contre les institutions élues pendant plusieurs mois. Lesdécisions de la Cour constitutionnelle et de la cour de justice de l’EAC n’ont pas suffi pour calmer l’opposition radicale et la pousser à s’incliner devant les deux arrêts de droit.

La deuxième phase était l’organisation des manifestations de groupes de jeunes manipulées, payés et nourris qui au départ s’annonçaient pacifiques, mais qui ont vite basculé dans une violence inégalée pour arriver au changement de régime par des moyens de type printemps arabes ou balais citoyen au Burkina Faso.

Après plusieurs semaines sans atteindre la place de l’indépendance à Bujumbura, les manifestants et leurs chefs étaient alors obligés de changer de tactique afin de contourner le relâchement dû à l’usure et l’épuisement. D’où le passage précipité au coup d’Etat du 13 mai 2015 qui a été vite déjoué grâce à la vigilance des forces de l’ordre loyalistes. Le Coup d’Etat était la troisième et dernière étape et devait aboutir à un Gouvernement de transition et à la confiscation de la victoire du peuple burundais.

Apres l’écheccuisant du coup d’Etat le 13 mai 2015, les radicaux et leurs alliés n’ont pas désarmé. D’où le passage à la quatrième phase. Celle-ci consistait à l’organisation des groupes des escadrons de la mort pour opérer des assassinats ciblés des personnes influentes afin de pousser aux représailles aveugles et aux massacres de masse et pour après crier au génocide afind’attirer l’attention de la communauté internationale qui ne s’est pas encore totalement remise du choc du génocide rwandais de 1994.

Constatant l’échec de cette 4eme tactique grâce à la vigilance des forces de l’ordre et à la retenue de la jeunesse de la majorité silencieuse dans le Burundi profond qui a résisté aux provocations, l’opposition radicale est passée à la cinquième phase. Celle-ci est centrée sur l’organisation des groupes armés de types guérilla urbaine qui sèment la terreur dans certains quartiers contestataires de la ville de Bujumbura avec un objectif ultime de changer le régime issu de l’élection de 2015.

Jusqu’ à tout récemment, cette tactique visait les civils et les policiers. Le 11 décembre 2015, cette tactique a pris une autre tournure en s’attaquant directement aux camps militaires de la Mairie et de Bujumbura rurale. Comme vous l’avez entendu tous, le groupe de criminels qui a attaqué le 11 décembre a été complément mis hors d’état de nuire par les forces de l’ordre unis dans leur diversité ethnique, régionale et de genre.

VoilàMonsieur le Présidentoù nous en sommes aujourd’hui. Nous avons en face de nous un groupe de criminels armés qui pendant plusieurs mois se faisait passer pour une opposition pacifique sans espace d’expression pour attirer la sympathie des partenaires. Bref, les casques sont tombésce 11decembre et tout le monde est témoin de l’extrême violence de l’opposition radicale basée à l’étranger. Maintenant qu’ils viennent de subir un autre échec, j’ignore pour le moment ce que sera leur sixième phase. J’ose espérer que la sixième phase sera de renoncer à la violence et de reprendre la voie pacifique de résolutions des crises et des paradoxes.

SUR LA SECURITE

Monsieur le Président, en ce qui concerne la situation sécuritaire, vous êtes sans ignorer que le 11 décembre 2015, je le disais plus haut, deux camps militaires du nord et du sud de la capitale et un autre dans la province de Bujumbura rural ont été attaqués simultanément à l’aube et les assaillants ont été repoussés après plusieurs heures d’affrontements.Les forces de l’ordre burundaises ont encore une fois démontré leur professionnalisme et leur attachement à la mère patrie, lors des combats de vendredi matin contre l’ennemi. Côté effectif de l’ennemi, Il s’agissait d’une compagnie renforcée. Celle-ci s’est vite heurtée à la vigilance des militaires burundais très aguerris aux combats qui leur ont infligé de lourdes pertes autour des camps ciblés et dans leurs lieux de repli.
Des combats ont également eu lieu dans les quartiers de Jabe et Nyakabiga où une partie des criminels armésqui avaient attaqué le camp Ngagara au nord de la capitale s’étaient repliés, poussant les forces de l’ordre à les poursuivre jusqu’au dernier retranchement, lui infligeant de lourdes pertes.
Parlant du bilan de ce week-end, 87 personnes dont 79 assaillants, 4 militaires et 4 policiers ont été tués dans les attaques simultanées contre les camps militaires de Ngagara, Muha et l’Institut Supérieur des Cadres Militaires, ISCAM. 45 assaillants ont été capturés et 97 armes et beaucoup de munitions saisies, tandis que 9 militaires et 12 policiers ont été blessés lors de ces affrontements qui ont duré plusieurs heures.
A propos des réactions, nous pouvons nous féliciter de la déclaration du Secrétaire général des Nations Unies qui, sans hésitera condamné très fermement les attaques contre des camps militaires à Bujumbura par des groupes d’assaillants armés. Ceci est d’ailleurs conforme à la résolution 2248(2015) du Conseil de Sécurité qui encourage plutôt les Burundais à dialoguer avec tout lemonde en écartant les non « peacefulstakeholders » du dialogue.Nous remercions également les pays qui à titre bilatéral ont condamné sans réserve l’attaque du 11 décembre sur les camps militaires et encourage ceux qui ne l’ont pas encore fait de le faire, car un silence devant une telle attaque pourrait être interprété a tord ou à raison par l’opposition radicale comme un appui déguisé qui les pousserait à la récidive et rester ainsi sur la voie de l’extrême violence. Cette attaque de groupes criminels armés, et j’insiste iciMonsieur le Président, doit être condamnée fermement au lieu d’être utilisée comme un moyen de pression politico-diplomatique pour accélérer un dialogue déjà accepté par le Gouvernement. Ils doivent être traités comme tels car il n’existe pas de bons et mauvais criminels selon le lieu physique ou les personnes ciblés. Bref, le Burundi a fait objet d’une attaque armée le week-end dernier et s’est défendu vaillamment même si nous déplorons quelques pertes en vie humaines et blessés.
POLITIQUE ET DIALOGUE
Pour ce qui est du dialogueMonsieur le Président, le Gouvernement du Burundi met en avant le dialogue inter burundais comme moyen responsable de résoudre pacifiquement les problèmes sociopolitiques auxquels il fait face. C’est dans ce cadre que le Président a mis en place une commission nationale de dialogue inter burundais qui a la mission d’écouter tous les Burundais de l’intérieur comme de l’extérieur afin de formuler de recommandations idoines aux plus hautes autorités du pays. Lesautorités nationales s’emploient en ce moment à contribuer à l’établissement des conditions propices pour un dialogue inclusif inter burundais sauf ceux qui ont choisi la voie de l’extrême violence. Nous sommes convaincus que ce dialoguepermettra au Burundi de relever les défis politiques auxquels le pays est confronté aujourd’hui. Nous avons accueilli à cet égard,le plein appui et soutien réaffirmé par le Secrétaire général à travers sa déclaration du 11 décembre 2015 à tous les efforts visant à promouvoir un règlement pacifique de la situation politique qui prévaut aujourd’hui dans notre pays. Cette offre de soutien et d’appui cadre bien avec la résolution 2248 du 12 novembre 2015 et nous le rassurons de notre entière coopération à ce sujet.

DIALOGUE AVEC LES PARTENAIRES

Monsieur le Président, s’agissant du dialogue avec les partenaires du Burundi et comme vous l’avez bien suivi, les consultations entre le Burundi et l’Union Européenne au titre de l’article 96 de l’Accord de Cotonou ont eu lieu le 08 décembre2015 à Bruxelles en Belgique. C’est dans le cadre de la reconstruction de la confiance entre le Burundi et ses partenaires que le gouvernement du Burundi a répondu favorablement à l’invitation de l’Union Européenne. Conduite par le ministre des relations extérieures et de la coopération internationale, M. Alain Aime NYAMITWE, la délégation burundaise a donné tous les gages de bonne volonté du Gouvernement quant au renforcement de la bonne gouvernance, la situation des droits de l’homme et l’état de droit. Quoi que le communiqué de l’Union Européenne, rendu public à l’issue de cette session, ait fait fi des déclarations du gouvernement Burundais, ce dernier continuera à mettre en œuvre de bonne foi les engagements pris, dans le respect des standards internationalement reconnus en matière d’enquêtes judiciaires et de conduite de processus nationaux de dialogue. Tout naturellement, notre Gouvernement continuera aussi à protéger certains domaines qui relèvent exclusivement de l’indépendance politique et de la souveraineté du pays.

SANCTIONS

Au sujet des sanctionsMonsieur le Président, nous restons convaincus que le recours aux sanctions comme moyens de pression pour résoudre les crises ou les paradoxes est inefficace car les sanctions ne font que radicaliser les positions et pénaliser les groupes vulnérables comme les enfants, les femmes et les pauvres en général.
Les sanctions ciblées sont encore moins efficaces lors qu’elles sont dirigées uniquement contre une partie prenante ou encore plus lorsque les personnes ciblées de l’opposition sont des acteurs hors-jeu sans aucune influence sur l’issue de la violence. S’il faut recourir aux sanctions comme dernier recours, il faudrait cibler les vrais acteurs de la violence. Que peut-on attendre des sanctions dirigées contre des personnes en prison, des personnes portées disparues ou tout simplement des personnes mortes ? Les vrais acteurs de l’extrême violence au sein de l’opposition radicale sont connus.

Le premier en ligne est M. Alexis SINDUHUJE, Président du Parti MSD aujourd’hui en fuite à l’étranger. Alexis SINDAHIJE n’est pas un inconnu dans les archives de l’ONU. Il est cité dans plusieurs rapports du Groupe des Experts du Conseil de Sécurité sur la RDC comme étant un des chefs de guerre qui perturbent la paix et la quiétude des citoyens dans la région. Les jeunes des quartiers contestataires, son ancien fief lors des élections de 2010, répondent directement à ses ordres.Fermer les yeux devant le comportement belliqueux de cet homme, lui donne encore des ailes supplémentaires pour basculer davantage dans l’extrême violence.

Il en est de même pour certains leaders de la fameuse organisation CNARED formée au lendemain des élections de 2015 à partir de l’étranger. Cette organisation qui est basée à l’étranger a déjà émis plusieurs communiqués et fait plusieurs interviews par le biais des chaines de télévisons internationales et dans medias électroniques, appelant leurs adeptes à prendre les armes pour chasser, disent-ils, les institutions élues du pouvoir. Ces sorties médiatiques sont sans équivoques et très accessibles pour mériter aussi des sanctions ciblées.

Bref, pour être efficaces des messages forts doivent être dirigés non seulement à toutes les parties prenantes et mais également à un pays de la région, très bien connu de tous, qui interfère politiquement de façon sans équivoque dans la politique intérieure du Burundi avec comme finalité ultime de déstabiliser notre pays. Je me permets de dire en toute franchise que l’armement et l’encadrement des réfugiés Burundais dans un pays voisin représenterait une grave violation du droit international et une menace réelle pour la paix dans la région. Nos partenaires et les amis de la région de grands lacs devraient transmettre des messages forts et sans équivoque à ce pays voisin et à ses alliés extracontinentaux.

Pour conclure Monsieur le Président, je tiensà réitérer l’engagement du Gouvernement du Burundi à poursuive la création d’un climat propice pour la poursuite du dialogue national inclusif ne laissant personne derrière sauf ceux qui ont choisi la voie de l’extrême violence. Nous ne voulons pas cependant, et j’insiste là-dessus, Monsieur le Président, un dialogue superficiel basé sur la recherche des postes politiques uniquement, mais plutôt un dialogue profond sur des questions fondamentales qui sont appréhendées différemment par les Burundais. Il faudra entre autres discuter de l’accord d’Arusha, de la constitution, de la charte de l’Unité nationale, de la bonne gouvernance, de la culture de la paix et de la démocratie au Burundi ainsi que les questions sociales et économiques. Ceci nous permettra de partir sur de bonnes bases, et éviter ainsi de se retrouver dans la même situation en 2020.

Nous réitérons aussi notre volonté de poursuivre de bonne foi la reconstruction de la confiance entre le Burundi et ses partenaires en respectant autant que faire se peut les engagements pris et en poursuivant l’esprit dedialogue franc et sincère. C’est la main tendue de mon dernier discours que je réitère encore une fois aujourd’hui. Mon pays a la bonne volonté de bien faire, il a tout simplement besoin des appuis, des conseils constructifs et de la compréhension de ses partenaires.

Je termine en réitérant notre demande d‘appui en faveur de la Commission Nationale de Dialogue inter burundais (CNDI) au secrétariat général des Nations Unies par l’entremise de ses organes compétents. Le Gouvernement reste à la disposition du secrétariatgénéral et du Bureau d’appui à la Commission de Consolidation de la Paix pour engager un dialogue sur quel type d’appui à fournir à la CNDI.

Je vous remercie de votre aimable attention !

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Discours: President et autres

Statement by H.E. M. Ambassador Alain Aimé NYAMITWE, Minister of External Relations and International Cooperation of the Republic of Burundi

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